Approche thérapeutique· 5 min de lecture
La thérapie des schémas : quand nos blessures d'enfance dictent nos réactions d'adulte
Pourquoi revit-on toujours les mêmes scénarios, en amour comme au travail ? Le psychologue américain Jeffrey Young a proposé une réponse : les « schémas », des croyances profondes nées dans l'enfance, et une thérapie pour les assouplir.
Une thérapie qui prolonge les TCC
La thérapie des schémas a été développée par le psychologue américain Jeffrey Young, à partir de 1990. Il travaillait alors en thérapie cognitive et souhaitait mieux accompagner les personnes aux difficultés anciennes et profondes, notamment les troubles de la personnalité.
Il a donc conçu une approche intégrative : elle part des thérapies cognitives et comportementales, mais emprunte aussi à d'autres courants, comme les approches psychodynamiques, relationnelles et émotionnelles.
Qu'est-ce qu'un « schéma » ?
Un schéma précoce inadapté est une croyance profonde et durable sur soi, les autres et le monde. Il se forme dans l'enfance et l'adolescence, souvent quand des besoins essentiels (sécurité, affection, reconnaissance, autonomie) n'ont pas été suffisamment satisfaits, puis il se renforce à l'âge adulte.
Le modèle de Young décrit 18 schémas, regroupés en cinq grands domaines. Quelques exemples, en langage courant :
- l'abandon : « les gens que j'aime finiront par partir » ;
- l'imperfection : « si l'on me connaissait vraiment, on ne m'aimerait pas » ;
- l'échec : « je suis moins capable que les autres » ;
- l'exigence élevée : « je dois toujours faire mieux, sinon je ne vaux rien ».
Quand une situation actuelle réveille un schéma, la réaction émotionnelle peut sembler disproportionnée : c'est la vieille blessure qui répond, plus que la situation elle-même.
Les « modes » : nos états d'âme du moment
Young a ajouté une autre notion : les modes, c'est-à-dire des états dans lesquels nous basculons, avec une façon de penser, de ressentir et d'agir. On peut passer en quelques minutes d'un mode « enfant vulnérable », envahi par la peur ou la tristesse, à un mode « parent critique » qui se juge durement, ou à un mode qui se coupe de toute émotion.
L'objectif de la thérapie est de renforcer le mode « adulte sain », capable de prendre soin de ses besoins avec bienveillance et de poser des limites.
Comment se déroule la thérapie ?
Le thérapeute aide d'abord à repérer ses schémas et ses modes, et à comprendre d'où ils viennent. Il propose ensuite plusieurs types de travail :
- des techniques cognitives, pour questionner les croyances ;
- des techniques émotionnelles et d'imagerie, pour revisiter des souvenirs et répondre autrement aux besoins de l'enfant d'hier ;
- un travail sur les comportements, pour sortir des scénarios répétitifs ;
- la relation thérapeutique elle-même, utilisée comme un espace sûr.
C'est une thérapie souvent plus longue qu'une TCC classique : selon les études, de quelques dizaines à plus d'une centaine de séances, en individuel ou en groupe.
Est-ce que ça marche ?
En 2017, des chercheurs de l'université de Manchester ont fait le point sur les études menées. Presque toutes (11 sur 12) observaient un assouplissement des schémas et une amélioration de la façon dont les personnes se sentaient, en particulier chez celles qui souffraient d'un trouble de la personnalité borderline, marqué par des émotions très intenses et des relations difficiles.
Des résultats encourageants, qui font de la thérapie des schémas une approche précieuse pour les difficultés anciennes et profondes.
Et si vous vous reconnaissez dans ces scénarios ?
Se répéter dans les mêmes difficultés n'est pas une fatalité. Que ce soit avec la thérapie des schémas, une TCC ou une autre approche, un psychologue peut vous aider à comprendre ce qui se rejoue et à trouver d'autres façons d'y répondre. Chez L'Espace Commun, Andie, fondatrice du centre, vous oriente vers le psychologue du réseau le plus adapté à votre demande.