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L'anxiété généralisée : quand on s'inquiète de tout, tout le temps
Un proche qui tarde à rentrer, une facture, un mail resté sans réponse : pour certaines personnes, chaque situation du quotidien devient source d'inquiétude. Ce que la recherche nous apprend du trouble anxieux généralisé, et ce qui aide à desserrer l'étau.
Plus qu'un « tempérament inquiet »
Tout le monde s'inquiète, et c'est bien utile : l'inquiétude nous pousse à anticiper, à préparer un examen ou à vérifier que la porte est fermée. Mais chez certaines personnes, les soucis ne s'arrêtent jamais. Ils passent d'un sujet à l'autre (la santé d'un proche, l'argent, le travail, les enfants) et occupent l'esprit une grande partie de la journée, souvent sans rapport avec un danger réel.
Lorsque cette inquiétude devient constante, difficile à contrôler et qu'elle s'accompagne de signes physiques, les professionnels parlent de trouble anxieux généralisé. Il figure dans les classifications internationales des troubles mentaux, celle de l'Organisation mondiale de la santé comme celle de l'Association américaine de psychiatrie.
Un trouble qui se vit aussi dans le corps
Dans une revue consacrée au traitement des troubles anxieux, publiée en 2017, Borwin Bandelow et ses collègues décrivent deux familles de signes :
- Des signes psychiques : inquiétude permanente (par exemple, la peur qu'un proche ait un accident ou tombe malade), nervosité, difficultés de concentration, irritabilité, troubles du sommeil.
- Des signes physiques : tensions musculaires, tremblements, palpitations, vertiges, nausées, fatigue.
C'est pourquoi beaucoup de personnes consultent d'abord leur médecin pour des maux de ventre, des douleurs de dos ou une fatigue inexpliquée, avant que l'anxiété elle-même soit repérée.
Qui est concerné ?
Selon la même revue, environ 2,2 % des adultes présentent ce trouble au cours d'une année. Les femmes reçoivent un diagnostic de trouble anxieux 1,5 à 2 fois plus souvent que les hommes.
Deux particularités méritent d'être connues :
- l'anxiété généralisée peut apparaître plus tard dans la vie que d'autres troubles anxieux, et c'est le seul trouble anxieux qui reste fréquent après 50 ans ;
- son évolution est souvent fluctuante, avec des périodes plus calmes et des rechutes, notamment lors des moments de stress.
Pourquoi l'inquiétude s'entretient-elle ?
Les chercheurs ont proposé plusieurs explications, qui se complètent :
- L'intolérance à l'incertitude. Le chercheur Dugas et ses collègues, cités dans l'étude présentée plus bas, l'ont décrite comme une tendance à réagir négativement à ce qui est incertain. S'inquiéter devient une façon de tenter de tout prévoir, alors que l'incertitude fait partie de la vie.
- L'inquiétude comme évitement. Le psychologue Thomas Borkovec a proposé que le fait de s'inquiéter, en mots, permette d'éviter en partie les émotions et images plus pénibles. Des expériences montrent qu'il réduit à court terme les réactions physiques à la peur… ce qui, paradoxalement, entretient le cercle.
- Les croyances positives sur l'inquiétude. Beaucoup de personnes pensent, sans toujours le formuler, que s'inquiéter les aide à se préparer, à résoudre les problèmes ou même à empêcher que le pire arrive. Difficile, alors, de lâcher prise.
Une étude menée en 2010 par Jonathan Lee, Susan Orsillo, Lizabeth Roemer et Laura Allen souligne aussi le rôle de la détresse face à ses propres émotions : chez les personnes souffrant d'anxiété généralisée, ressentir de l'angoisse est en soi vécu comme insupportable, ce qui pousse à éviter encore davantage.
Ce qui peut aider
La bonne nouvelle, c'est que ce trouble se soigne. D'après la revue de Bandelow et coll., la thérapie cognitive et comportementale est la psychothérapie dont l'efficacité est la mieux démontrée. Elle aide notamment à :
- repérer les pensées du type « et si… ? » et les examiner avec plus de recul ;
- apprendre à tolérer une part d'incertitude, progressivement ;
- remettre en question l'idée que s'inquiéter protège.
Des approches fondées sur l'acceptation, comme celle développée par Lizabeth Roemer et Susan Orsillo, apprennent à accueillir ses émotions sans les combattre et à se réengager dans ce qui compte pour soi. Les thérapies d'orientation psychodynamique sont également proposées, mais les études qui les évaluent sont moins nombreuses. Enfin, un médecin peut, selon la situation, envisager un traitement médicamenteux : c'est une décision qui lui revient, à discuter avec lui.
Et si vous vous reconnaissez ?
Si vos inquiétudes vous épuisent, vous empêchent de dormir ou de profiter des bons moments, vous n'avez pas à attendre qu'elles deviennent insupportables pour en parler. Un accompagnement psychologique peut vous aider à comprendre ce qui entretient votre anxiété et à retrouver un peu de sérénité. Chez L'Espace Commun, Andie, fondatrice du centre, vous oriente vers le psychologue le plus adapté à votre situation.