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Le syndrome de l'imposteur : pourquoi a-t-on l'impression de ne pas mériter sa réussite ?
Décrit pour la première fois en 1978 par deux psychologues américaines, le « phénomène de l'imposteur » touche des personnes qui réussissent… et qui sont pourtant convaincues de tromper leur monde. Ce que la recherche en dit, et ce qui aide.
Une découverte de deux psychologues
En 1978, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, psychologues cliniciennes à l'université d'État de Géorgie, publient un article devenu célèbre. Pendant environ cinq ans, elles ont reçu en thérapie et rencontré plus de 150 femmes aux parcours brillants : étudiantes, enseignantes-chercheuses, professionnelles reconnues. Un point commun les frappe : malgré leurs diplômes, leurs promotions et la reconnaissance de leurs pairs, beaucoup se vivent intérieurement comme des « fraudes ».
Clance et Imes nomment ce vécu le phénomène de l'imposteur : une expérience intime de « fausseté intellectuelle ». La personne pense ne pas être aussi compétente qu'on le croit, et redoute le jour où on s'en apercevra.
Comment ça fonctionne ?
Les autrices décrivent plusieurs mécanismes qui entretiennent ce sentiment :
- La réussite est attribuée à autre chose qu'à soi : la chance, une erreur du jury, le charme, le fait d'avoir « beaucoup travaillé pour compenser ».
- La peur d'être démasqué : chaque nouvelle mission devient un examen où tout pourrait s'écrouler.
- Un cercle vicieux : avant une tâche, l'anxiété monte. On se prépare à l'excès, ou au contraire on repousse jusqu'à la dernière minute. Quand le résultat est bon, le soulagement est bref, et la réussite est mise sur le compte de l'effort démesuré ou de la chance. Le sentiment d'imposture en sort renforcé.
Clance et Imes relient ce phénomène à l'histoire familiale (par exemple, un enfant à qui l'on a attribué un rôle, « la sensible » ou « le brillant », difficile à remettre en question) et à l'intériorisation des stéréotypes sociaux sur la place des femmes.
Pas seulement les femmes
En 1978, les autrices pensaient que ce vécu était bien moins fréquent chez les hommes, tout en précisant que cela restait à vérifier. Les recherches menées depuis ont nuancé ce constat.
En 2020, une revue systématique publiée dans le Journal of General Internal Medicine (Bravata et coll.) a rassemblé 62 études portant sur plus de 14 000 personnes. Ses conclusions :
- le phénomène est fréquent chez les hommes comme chez les femmes ;
- sa fréquence varie énormément d'une étude à l'autre (de 9 % à 82 %), surtout selon l'outil de mesure utilisé ;
- il est souvent associé à l'anxiété et à la dépression.
Est-ce une maladie ?
Non. Malgré le mot « syndrome », il ne s'agit pas d'un diagnostic psychiatrique : il ne figure pas dans les classifications officielles des troubles mentaux. Clance et Imes parlaient d'ailleurs de « phénomène ». C'est une façon de se percevoir, qui peut aller d'un doute passager à une souffrance quotidienne.
C'est justement quand il s'accompagne d'anxiété, d'épuisement, de procrastination ou d'une tristesse durable qu'il vaut la peine d'en parler.
Ce qui peut aider
La revue de 2020 souligne qu'aucune étude n'avait encore évalué de traitement spécifique au sentiment d'imposture. Les pistes viennent donc surtout de la clinique, et du soin des difficultés qui l'accompagnent souvent (anxiété, dépression) :
- Mettre des mots dessus. Découvrir que d'autres vivent la même chose est souvent un soulagement. Clance et Imes avaient observé l'intérêt des groupes de parole pour cette raison.
- Questionner ses explications. En thérapie cognitive et comportementale (TCC), on repère les pensées automatiques (« j'ai eu de la chance ») et on les confronte aux faits.
- Comprendre d'où cela vient. Une approche d'orientation analytique permet d'explorer les messages reçus dans l'enfance et ce que la réussite vient réveiller.
- Accueillir les compliments sans les balayer, et garder une trace concrète de ce que l'on a accompli.
Et si vous vous reconnaissez ?
Ressentir parfois que l'on n'est pas à la hauteur est humain. Mais si ce sentiment vous empêche d'oser, vous épuise ou gâche le plaisir de vos réussites, un accompagnement psychologique peut vous aider à vous regarder avec plus de justesse. Chez L'Espace Commun, Andie, gérante du centre, vous oriente vers le psychologue le plus adapté à votre demande.