Approche thérapeutique· 5 min de lecture
EMDR : comment des mouvements des yeux peuvent-ils apaiser un souvenir traumatique ?
Née à la fin des années 1980 des travaux de la psychologue américaine Francine Shapiro, l'EMDR est aujourd'hui recommandée par l'Organisation mondiale de la santé pour le stress post-traumatique. Ce que l'on sait de son fonctionnement, et ce qui reste à comprendre.
Une méthode née d'une observation
EMDR signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires. La méthode a été développée par Francine Shapiro, docteure en psychologie, qui publie en 1989 une première étude dans le Journal of Traumatic Stress.
Elle y suit 22 personnes marquées par des événements traumatisants : guerre du Vietnam, violences sexuelles dans l'enfance, agressions, maltraitance psychologique. Après une seule séance de la procédure, elle observe que l'anxiété liée au souvenir diminue nettement et que la façon dont les personnes se jugent par rapport à l'événement change, avec des effets maintenus trois mois plus tard. C'était une petite étude, à considérer comme un point de départ : elle a ouvert la voie à des centaines de recherches.
Comment se passe une séance ?
L'EMDR suit un protocole structuré en huit phases. Les premières servent à retracer l'histoire de la personne, à choisir les souvenirs à travailler et à installer des ressources pour se sentir en sécurité. Ce n'est qu'ensuite que l'on se concentre sur le souvenir douloureux.
Pendant ce temps de travail, la personne pense à l'image la plus marquante du souvenir, à la pensée négative qui l'accompagne (« je suis en danger », « c'est de ma faute ») et à ce qu'elle ressent dans son corps. Le thérapeute propose alors de courtes séries de stimulations bilatérales : suivre des yeux ses doigts de gauche à droite, ou entendre des sons ou sentir des tapotements alternés. Entre chaque série, on fait le point sur ce qui a bougé.
Pourquoi est-ce que ça marche ? Plusieurs pistes
C'est la question que tout le monde se pose. En 2018, une revue systématique publiée dans Frontiers in Psychology (Landin-Romero et coll.) a fait le point sur les explications proposées :
- La mémoire de travail : suivre un mouvement tout en pensant au souvenir « occupe » une partie de notre attention. Le souvenir devient alors moins vif et moins chargé en émotion.
- Un effet d'apaisement du corps : les mouvements oculaires semblent s'accompagner d'une baisse de l'activation physiologique, comme si le corps passait en mode « repos ».
- Un parallèle avec le sommeil : certains chercheurs rapprochent l'EMDR des mouvements rapides des yeux du sommeil paradoxal, une période où le cerveau trie et range nos souvenirs.
Les auteurs concluent que l'hypothèse de la mémoire de travail et les changements physiologiques observés ont un appui scientifique raisonnable, mais que la recherche sur les mécanismes de l'EMDR n'en est encore qu'à ses débuts.
Ce que disent les recommandations
Les mécanismes ne sont pas entièrement compris, mais l'efficacité a été étudiée. En 2013, l'Organisation mondiale de la santé a publié des recommandations pour la prise en charge des troubles liés au stress. L'EMDR y figure, aux côtés des thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma, parmi les traitements recommandés pour le stress post-traumatique chez l'adulte, l'adolescent et l'enfant.
Concrètement, l'EMDR s'adresse surtout aux personnes qui gardent d'un événement des souvenirs envahissants : images qui reviennent, cauchemars, sursauts, évitement de tout ce qui rappelle la situation.
Ce que l'EMDR n'est pas
- Ce n'est pas de l'hypnose : vous restez éveillé, conscient, et vous pouvez arrêter à tout moment.
- Elle n'efface pas les souvenirs : l'événement reste en mémoire, mais il perd sa charge douloureuse et devient « un souvenir comme un autre ».
- Ce n'est pas une baguette magique : pour un événement isolé, quelques séances peuvent suffire ; pour des traumatismes répétés ou anciens, le travail prend plus de temps et commence souvent par une phase de stabilisation.
Et si un souvenir vous pèse ?
Un accident, une agression, un accouchement difficile, un deuil brutal : si un événement continue de vous envahir, en parler à un psychologue est une première étape. L'EMDR n'est pas la seule approche possible, et une évaluation permet de choisir ce qui vous convient. Chez L'Espace Commun, Andie, gérante du centre, vous oriente vers le psychologue du réseau le plus adapté à votre demande et le plus proche de chez vous.